Mise à jour du 3 avril 2025 : À l’occasion des 50 ans de Microsoft, nous republions petit à petit notre dossier sur l’histoire de Windows. À l’époque, il s’était achevé sur Windows 10. Nous le complèterons demain par une nouvelle partie consacrée à Windows 11.

Article original du 18 novembre 2020 :

Après Windows 8, il devient urgent pour Microsoft de rétablir le consensus. L’aventure Windows 8 avait prouvé que les grandes cassures ergonomiques n’étaient pas possibles. Après tout, on ne pouvait pas tabler sur une philosophie héritée de Windows 95 et tout jeter sans prendre de gants.

Le nom même de Windows 10 a été sélectionné pour incarner un changement important chez Microsoft. À l’heure actuelle, le système doit être considéré comme le dernier des Windows. Aucune autre version majeure ne semble pour l’instant en développement, l’éditeur ayant choisi une autre approche, à savoir des mises à jour fonctionnelles.

Le produit a volontiers été décrit par Microsoft comme un « system as a service », ce qui n’a pas que des avantages. À sa sortie, Windows 10 a conservé le niveau de rapidité de son prédécesseur. En fait, le matériel minimum requis n’a pas bougé depuis Vista, à savoir un processeur de 1 GHz et 1 ou 2 Go de mémoire selon que l’on utilise une édition 32 ou 64 bits. Actuellement, le système est mis à jour tous les six mois, les nouvelles versions étant finalisées en mars et septembre, pour des distributions en avril et octobre.

Les éditions proposées sont toujours les mêmes. La Famille ne pouvait initialement repousser l’installation des mises à jour semestrielle, tandis que les versions Professionnelle et Entreprise ont davantage d’outils. Le menu Démarrer est de retour sous une forme plus complète et personnalisable. Le style graphique reste cependant celui de Windows 8, avec ses vignettes de couleur dynamiques. Windows 10 a beau être une plateforme de consensus, ce courant graphique continue de s’étaler, comme on le voit dans les Paramètres ou dans les applications fournies.

Notre dossier sur l’histoire de Windows :

Une révolution de l’intérieur

Parmi les grandes nouveautés, on note Edge, navigateur réécrit depuis presque zéro (passé depuis sous Chromium). Particulièrement véloce, il va cependant pécher par un manque criant de fonctionnalités qui s’est trop lentement résorbé. Un centre de notifications fait aussi son apparition, de même que des bureaux virtuels, DirectX 12 et, bien sûr, l’assistant vocal Cortana qui se repositionne aujourd’hui comme un accompagnateur de productivité plutôt que comme un concurrent d’Assistant (Google), Alexa (Amazon) ou Siri (Apple).

Le Store, initié avec Windows 8, a également fait peau neuve. Insistons encore : Windows 10 se veut un consensus, une volonté manifeste de répondre à un maximum de besoins et d’exigences. On la retrouve par exemple dans le Store qui permet aux développeurs d’y envoyer leurs applications .NET ou Win32 vers UWP.

Les modifications de départ sont minimales, le Desktop App Converter se contentant d’adapter le code au format de paquet utilisé pour la distribution. Il est ensuite possible de modifier progressivement l’application pour lui faire adopter des aspects plus récents comme les notifications ou la vignette dynamique.

Un consensus technique également, car Microsoft comble avec Windows 10 une envie de longue date : proposer la même base pour l’ensemble des matériels visés. Si on évoque donc surtout le système pour les ordinateurs, il sert aussi de socle à des smartphones, aux Xbox, objets connectés ou encore HoloLens.

Windows 10 intègre par ailleurs le Windows Subsystem for Linux (WSL), un sous-système co-développé par Microsoft et Canonical afin que l’utilisateur puisse exécuter directement… des applications Linux. Cette fonction, largement enrichie depuis plus d’un an, ne prenait initialement en charge qu’Ubuntu. On y trouve depuis Debian, Kali Linux, SUSE Linux Enterprise Server et openSUSE.

Cette fonction a fait beaucoup parler d’elle à son apparition, en particulier parce qu’elle offrait pour la première fois un accès à Bash depuis Windows, simplifiant notamment l’administration de certains serveurs. Cette volonté de plaire à tous n’a pas su éviter les écueils, et l’attitude de Microsoft en est pleinement responsable.

Microsoft WSL 2 Visual Studio Code

Deux points ont particulièrement focalisé les critiques : la collecte des données personnelles par défaut et la gestion des mises à jour. La première était particulièrement valable dans les premières versions du système, ce qui a valu à l’éditeur une mise en demeure de la CNIL en juin 2016 : le choix de l’utilisateur doit être roi. Les critiques ont été entendues et, moins d’un an plus tard, la commission estimait Windows 10 en conformité.

Actuellement, l’installation du système se clôt par une série de choix sur tout ce qui touche aux données personnelles, sans présélection. L’autre problème est malheureusement d’actualité. Microsoft parlant de son système comme d’un « Windows as a service », cela suppose des mises à jour régulières.

Elles le sont, divisées en plusieurs catégories : les correctifs mensuels de sécurité pour tous les produits supportés (classique ou étendu) et les mises à jour de « qualité » pour les produits en support classique (cinq premières années), destinées aux améliorations plus générales. Les mises à jour majeures, distribuées tous les six mois, apportent souvent de longues listes de nouveautés.

Une évolution rythmée, parfois problématique

Ce rythme très soutenu provoque des étincelles quand la route d’une mise à jour croise un manquement dans le processus qualité. Et l’année 2018 restera dans les annales, les deux évolutions majeures de Windows 10 ayant été pour le moins d’énormes incidents de parcours, poussant Microsoft à les supprimer des serveurs de Windows Update pour ne les relancer que plusieurs semaines plus tard.

L’April Update avait déjà marqué les esprits par des incompatibilités, notamment une avec certains modèles de SSD, l’unité de stockage devenant inaccessible à la grande panique des utilisateurs touchés. Mais c’est l’October qui a le plus illustré un manque flagrant de tests, puisqu’une petite partie des clients a vu ses données disparaître des dossiers personnels (Documents, Images, etc.).

Microsoft avait choisi une publication le 2 octobre, soit une semaine avant le « Patch Tuesday », sans passer par le canal Release Preview qui permet de tester les versions presque finalisées des mises à jour. L’effet a été désastreux, car la confiance de l’utilisateur est primordiale pour un système souhaitant appliquer des correctifs sur un rythme soutenu. On ne peut qu’espérer une prise en compte de ces problèmes afin qu’ils ne se reproduisent plus.

Non pas que les autres systèmes soient épargnés, mais l’enchaînement a de quoi refroidir bien des ardeurs, d’autant plus que ces mises à jour sont rébarbatives pour la plupart : elles empêchent l’utilisation de la machine et génèrent de la crainte. L’histoire de Windows en est donc à ce stade : un système dont les nouveautés sont pour la plupart nourries par les suggestions des clients et ayant réussi à établir un consensus entre les besoins.

Nous demandons maintenant à voir la suite, car les différents défis sont bien loin d’être terminés. La plateforme devra ainsi tôt ou tard abandonner son lourd héritage Win32, continuer la modernisation de son interface, répondre aux inévitables nouveaux usages, mais également s’adapter pour rester un socle commun à de nombreux appareils. Et pourquoi pas, revenir sur les smartphones.

Windows sur smartphones, l’essai jamais transformé

Chapitre particulier – aussi amer – que celui des smartphones pour lesquels Microsoft a fait plusieurs essais. L’éditeur disposant d’une version CE pour l’embarqué, elle l’adapte pour les téléphones et lance la branche Pocket qui va donner plusieurs versions de Windows Mobile, jusqu’à la 6.5 lancée en novembre 2008.

Comme de nombreux constructeurs alors, Microsoft considérait le smartphone comme un simple prolongement de l’ordinateur, qu’il se devait d’accompagner. En somme, un assistant pour retrouver les données principales que l’on manipulerait sur ce qui serait considéré alors comme le terminal complet. Preuve en est, Windows Mobile a proposé un menu Démarrer dans la plupart de ses versions.

Mais le produit n’a jamais véritablement rencontré le succès. Dans les années 2000, plusieurs millions d’unités ont été vendues, mais Microsoft allait faire toujours face à deux adversaires plus forts que lui. D’une part, Symbian qui équipait la majorité des appareils en circulation. De l’autre, BlackBerry, alors référence absolue de productivité.

Quand Steve Jobs présente l’iPhone en janvier 2007, c’est la stupéfaction. Apple vient de jeter les fondations de ce qui sera une authentique révolution, moquant les usages, les écrans, le design et stylet utilisés alors (stylet aujourd’hui mis en avant avec l’iPad Pro). Le smartphone s’émancipe, l’écran résistif fait place au capacitif, l’ergonomie se tourne entièrement vers le tactile. La première version a beau être limitée (pas de MMS, pas de boutique, peu d’applications), elle pose des bases nouvelles.

L’industrie ne s’y trompe pas : elle va rapidement suivre le même chemin. À titre de comparaison, Windows Mobile 6.5 ne sort qu’en 2008, un an après l’iPhone. Sitôt arrivé, déjà « ringardisé » par la mode galopante. Google va suivre peu de temps après avec le Dream de HTC, basé sur la première version d’Android, système racheté en 2005 à la société du même nom. Pour Microsoft commence alors une période de désarroi.

Windows Phone 8 Interface
Crédits : Grégory DUBUS/iStock éditorial/Thinkstock

Il faut en effet attendre plus de deux ans pour voir l’entreprise faire son retour avec un système neuf : Windows Phone 7. Rebâti depuis zéro, coupant toute compatibilité avec la plateforme précédente, la modernisation est flagrante. Les terminaux qui en sortent équipés sont tous basés sur ce que l’on considère alors (et toujours) comme le socle d’un bon smartphone. Surtout, Windows Phone 7 se caractérise par une ergonomie totalement nouvelle, basée sur des aplats, la sobriété, les couleurs et surtout le texte.

Malheureusement, l’aspect « feuille blanche » du développement laisse sur le carreau les anciennes applications, tandis que les nouvelles n’arrivent que très lentement. Et pour cause : Android et iOS sont là depuis un moment et leurs boutiques focalisent déjà toutes les attentions.

En outre, la suite sera ponctuée de décisions qui, si elles se comprennent d’un point de vue technique, restent dommageables pour l’utilisateur et témoignent d’un manque de vision à long terme. Quand Windows Phone 8 sort, son importante liste d’améliorations et de nouveautés (dont le passage au noyau NT) ne fera pas oublier que les modèles alors présents ne peuvent y prétendre. Il faut acheter un nouveau terminal.

Windows 10 offrira la dernière déclinaison de cette branche. Sobrement nommée Windows 10 Mobile – pour bien marquer l’idée d’une plateforme unique –, elle propose là encore de multiples améliorations et joue la carte de l’intégration avec Office et les autres produits maison. Très peu d’appareils sous Windows Phone 8/8.1 pourront migrer vers le nouveau venu, provoquant une nouvelle vague de frustration.

Mais en dépit des qualités d’un système étonnamment rapide, d’une ergonomie souvent saluée et d’une branche mobile de Nokia spécialement rachetée pour l’occasion, les développeurs tiers ne suivront jamais vraiment le mouvement, et le plus souvent en régime minimal. Même Microsoft prouvera à plusieurs reprises qu’Android et iOS lui semblent plus importants, les nouveautés n’arrivant que plus tard sur sa propre plateforme, comme avec Skype.

Le retour par Surface

Aujourd’hui, Windows 10 Mobile est en voie d’extinction et ne reçoit plus aucune nouveauté ou même mise à jour. Les entreprises en ont eu pendant un peu plus longtemps, mais même elles ont dû faire avec l’arrêt du support.

Aucune consolation pour les utilisateurs, puisque la plateforme n’évolue plus, tandis que les applications ont quasiment toutes perdu leur support technique. Les éditeurs tiers ont pour la plupart arrêté les frais et les smartphones en sont graduellement réduits à ne plus compter que sur les fonctions fournies par le système.

Aujourd’hui, des rumeurs évoquent un retour futur de Microsoft autour d’un « Surface Phone », en référence à la gamme bien connue de tablettes (depuis étendue aux ordinateurs). Mais il faudrait à Microsoft penser très sérieusement un tel mouvement, toute l’attention se portant désormais sur la plateforme logicielle.

Or, elle n’a que peu évolué, l’éditeur faisant toujours face à la même dichotomie d’un système qui ne sait pas sur quel pied danser, entre le pesant héritage de Win32 et un UWP qui a bien du mal à convaincre. Avec les dernières évolutions sur l’environnement .NET Core, l’entreprise de Redmond pourrait avoir trouvé sa porte de sortie.


Depuis la publication de notre article, la Surface Duo a été officialisée. Elle est attendue pour 2021 en Europe


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